Les Demoiselles de Bruxelles
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13 Reasons Why… Pourquoi ça nous bouleverse ?

Par Celine le 22 Avr 2017 dans Opinion, Series

C’est devenu comme une habitude: une nouvelle série Netflix, une nouvelle addiction. Mais en regardant « 13 Reasons Why », on ne passe pas simplement à autre chose. Cette série a un sens, une raison d’exister et elle laisse ses traces.

Je ne vais spoiler personne, car je pense qu’il est essentiel de voir cette série un jour dans sa vie, mais pour ceux qui n’ont pas vu la bande-annonce ou qui ne connaissent pas le livre de Jay Asher, c’est l’histoire d’une adolescente qui se suicide et laisse 13 cassettes audio aux personnes « responsables » de sa mort pour expliquer son acte.

Alors oui, le sujet du suicide est un sujet extrêmement délicat, car on estime toujours que le suicide ne devrait jamais devenir une solution à un problème, on pense nottament au film de Sofia Copola « Virgin Suicides », mais dans les différents épisodes de cette série, on va parler principalement de harcèlement, de persécution et de la cruauté des adolescents, qui très souvent, ne se rendent pas compte de leurs actes, car les « bully’s » aussi ont leur propres démons.

Alors à qui la faute ?

Les réseaux sociaux ? Trop facile de les accuser car cette problématique a toujours existé… Les rumeurs se propagent juste plus vite qu’avant et les preuves ( messages, photo’s, statuts,…) ou non-preuves sont plus accablantes.

Je me souviens de mon adolescence, au tout début de l’ère des téléphones portables. Je me souviens de l’histoire de cette fille populaire qui, du jour au lendemain, a été considéré comme la salope du lycée parcequ’elle aurait couché avec deux mecs en même temps… A 15 ans… Quand j’y repense, tout le monde a cru la rumeur qui avait été propagée par les deux intéressés… Deux gringalets qui voulaient prouver au monde qu’ils avaient une vie sexuelle débraillée. Quand j’y repense, je me souviens de la réaction des gens face aux ragots et que cela devenait presque du normal de dégommer cette fille parfaite avec des insultes car « elle l’avait bien cherché quand même ». Comme si cela faisait du bien au gens. Comme si cela les dédouanait. Comme si cela leur permettait de se mettre en valeur. Après coup, j’ai honte de la réaction des gens. Après coup, je me rends compte du ridicule de cette rumeur. Après coup je me dis que ça doit probablement faire partie de ces choses qui ont fait de moi celle que je suis aujourd’hui.

Est-ce la faute des parents ? Un manque d’écoute ? De compréhension ? De communication ? Ce serait très dur de penser de la sorte, même si la série met un peu le doigt dessus. Comment vos propres enfants peuvent être à la cause du suicide d’un camarade ? Ce qui nous fait réfléchir sur la relation que les parents ont avec leurs ados et le manque de transparence à partir d’un certain âge…

J’ai eu la chance d’avoir une relation fusionnelle avec ma mère, une communication sans faille, pas de secrets, pas de jugements, juste une amitié qui me permettait d’être honnête à toute occasion. Je me souviens de mon premier rateau, après la fête de l’école. Le courage qu’il m’a fallu pour dire à ce garçon que je l’aimais bien. La gentillesse de sa réponse. Il allait réfléchir. Et le lundi qui a suivi. Les regards, les murmurs, les railleries, les gens qui me pointaient du doigt. Je me souviens du mal-être que j’ai ressenti, cette envie de me cacher le reste de ma vie dans les toilettes des filles à pleurer. Je me rappelle aussi de la réaction de ma mère: « dans une semaine quelqu’un d’autre fera quelque chose d’autre et ton problème sera une histoire ancienne ». Je lui ai dit que non, que c’était « la fin de ma vie ». Bien évidemment, elle avait raison. Il y a toujours un « après ». Mais à cet âge-là, la principale chose à apprendre à ses enfants, c’est de relativiser. Plus facile à dire qu’à faire.

Alors si on enseignait à nos enfant de devenir des humains foncièrement gentils ? Cela passe par plusieurs étapes à mon avis: dématerialiser les femmes, enseigner le poids des mots et les conséquences de nos actes et enfin, valoriser les différences qui font de chacun un être unique. Trois sujets clés que la série met en avant par le biais des cassettes de Hannah Baker. Un série faite principalement pour faire réfléchir les gens.

Mais si ce n’est pas la faute des parents, est-ce vraiment la faute des enfants ? Je ne pense pas que les ados soient profondément malveillants face à leurs camarades. Ce sont des jeunes adultes qui se cherchent et qui ne savent pas comment réagir face à certaines choses. Il y a aussi le phénomène de groupe où la pensée de l’un devient celle de ses moutons. Rentrer dans le moule, c’est tout ce que l’on veut à cet âge, passer innaperçu quand on est mal dans sa peau et être le chef de la meute quand on a la chance de passer à côté de la case acné.

Peut-être la faute de la société actuelle qui aime coller des étiquettes sur les fronts des gens qui ne rentrent pas dans la norme ( gay, gros, roux, nerd, prude, mauvais genre, provinciale …)

Mais dans ce cas là, cela me fait réfléchir au fait que ceci ne change jamais vraiment au cours de la vie. Si ce n’est pas au lycée, ça peut se passer à l’université, sur le lieu de travail, entre « adultes »… On parlera plutôt de harcèlement moral dans ce cas-là, comme si c’était plus grave une fois adulte, car au fond le bullying « ce ne sont que des gamineries de cour de récré ». Ne nous voilons pas la face, c’est tout aussi essentiel de parler du problème quand on est collégien que quand on est cadre supérieur.

La série « 13 Reasons Why » nous bouleverse car elle nous offre un moment de réflexion, une réelle envie d’agir et d’en parler. Une nécessité de dire à chaque personne autour de nous pourquoi elle est unique et pourquoi elle compte autant.

Alors après, il ya eu de vives critiques sur le fait que la série montre des scènes chocantes de viol et sur la scène finale du suicide de Hannah très (trop?) détaillée. Mais parfois, ce sont les images chocs qui restent: je repense notamment au film Requiem for a Dream qui a dissuadé de nombreux jeunes à vouloir tester une drogue x ou y, ou les campagnes contre l’alcool au volant que l’on voit à la télé.  Le monde est devenu de plus en plus violent et le nombre de messages que notre cerveau enregistre chaque jour est accablant, alors parfois pour se faire entendre, il faut choquer.

Je déconseille cependant les très jeunes personnes ( 10-15 ans) à regarder cette série. Si vous voulez aborder le sujet du harcelement à l’école sur une note plus légère, commencez par Mean Girls, grand classique du genre teen movie des années ’90 – ’00…

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