Les Demoiselles de Bruxelles
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Madame vs mademoiselle : qu’est-ce que ça change ?

Par Justine Case le 07 Sep 2015 dans Humeurs, Opinion

Madame ou Mademoiselle ? Depuis août dernier, la Fédération Wallonie-Bruxelles a décidé de supprimer l’appellation « Mademoiselle » sur ses formulaires administratifs. Face aux réactions passionnées suscitées par cette mesure, nous avons décidé de faire le point à la rédaction des Demoiselles. On vous livre les témoignages d’une mademoiselle et d’une madame !

Mademoiselle

Témoignage d’AnSo

Le terme « mademoiselle » est un exemple criant de la déformation totale que peut avoir un mot en fonction du ton utilisé : dragueur, flatteur ou au contraire provocateur, il dépend aussi de l’humeur avec laquelle on le reçoit. Voici quelques interprétations perverses :

Dans un cadre professionnel : vous êtes plutôt inexpérimentée (pauvre chose) donc je ne peux vous payer qu’en conséquence de cette impéritie (je ne suis pas la stagiaire et vous ne m’impressionnez pas, merci).

Dans la rue : je pars du principe que vous n’êtes pas mariée, donc accessible.

Car OUI le mariage a encore un pouvoir : rendre les femmes respectables. On ne drague pas « Madame » comme on draguerait « Mademoiselle » et votre couple de longue date peut passer pour un simple coup d’un soir par un sommaire « Monsieur, mademoiselle » au restaurant.

En version susceptible : je pars du principe qu’il est inconcevable que quelqu’un ait eu la démence de vous demander en mariage.

Alors, quand on me sert du Madame, oui j’aime. Soudainement on me drape la saveur pimentée de l’inaccessible, la protection fugace d’un titre usurpé, un infini de vies vécues se propose à moi faisant tinter l’imagination. Et, de surcroît, je ressens ce sentiment grisant de m’approprier quelque chose d’interdit.

Mais qu’on se le dise, le prix à payer, c’est la soudaine sensation pour le moins ambiguë de traverser une frontière invisible et terriblement ingrate qui se donne parfois des airs de condamnation.

Madame

Témoignage de Marie

Je ne voulais pas me marier, à la base. Mais je l’ai fait par amour pour mon homme. Alors quand j’ai découvert ce que le fait de signer un bout de papier (et faire la fête avec tous les gens que j’aime, ok, ok) allait entrainer, je suis un peu restée sans voix.

Que j’allais devenir « madame machin » un jour, ça, je le savais, comme toutes les petites filles, depuis mon enfance. On me l’a assez répété : quand on se marie, on devient une « madame ». Et c’était d’ailleurs souvent associé à un sentiment fierté. Il est clair que ce terme était et est encore, pour beaucoup, synonyme de « devenir adulte ».

Donc en se mariant, une femme devient adulte. Et c’est le message qui est transmis depuis des millénaires aux petites filles. Comme si, en ne se liant pas à un homme, une femme ne pouvait pas grandir, devenir responsable et accomplie.

Mais plus encore que cette notion d’adulte, je n’allais, une fois mariée, plus jamais pouvoir revenir en arrière.

Le divorce (doit-on rappeler qu’à Bruxelles, où je vis, 2 couples sur 3 divorcent ?) pouvait certes me rendre mon état de célibataire, mais plus jamais mon statut de « demoiselle ».

Mariée un jour, madame pour toujours.

Pourquoi ce changement ? Parce qu’un homme m’a un jour passé une bague au doigt ? Parce que j’ai accepté de faire un (plus ou moins long) bout de chemin officiellement à ses côtés ?

Tandis que pour les hommes le mariage ne change absolument rien à leur dénomination administrative, la mienne allait changer irrémédiablement. Sans que j’aie rien demandé.

Alors quand les deux banques dans lesquelles je suis cliente m’ont demandé de leur fournir les documents qui prouvent que je suis mariée pour faire mon changement de statut, je n’ai fourni lesdits documents qu’à une. J’ai oublié d’apporter les documents à la deuxième institution. Acte manqué.

Du coup, quand je mets ma carte de banque dans un appareil, une banque me dit « bonjour madame », l’autre me dit « bonjour mademoiselle »… Et cela fait 12 ans que cela dure.

Je sais que je devrais me mettre en ordre dans la deuxième banque (ils doivent savoir que je suis mariée, ne serait-ce que pour des histoires de succession, non ?), mais c’est plus fort que moi, j’oublie à chaque fois…

C’est peut-être ma manière à moi de faire de la résistance face à un système que je trouve absurde…

Avant d’échanger des anneaux avec mon homme, nous avons été ensemble pendant 10 ans et… je vous jure, je n’ai pas attendu de l’épouser pour devenir adulte et responsable !

Et vous, que pensez-vous de ce changement ? Le « mademoiselle » des formulaires va-t-il vous manquer ?